Le 15 janvier 2026, la Banque des États de l'Afrique Centrale (BEAC) a publié une instruction contraignante imposant l'interopérabilité complète des systèmes de paiement mobile dans l'ensemble de la zone CEMAC au plus tard le 30 septembre 2026. Cette décision, qui s'appuie sur les travaux du Groupe Interbancaire et Monétique de l'Afrique Centrale (GIMAC), constitue l'une des réformes les plus structurantes pour l'écosystème des paiements digitaux dans les six pays membres.
L'interopérabilité des paiements mobiles signifie concrètement qu'un client Orange Money au Cameroun pourra transférer des fonds directement vers un compte MTN Mobile Money au Gabon, ou vers un compte Wave en République du Congo, sans passer par un intermédiaire ou convertir des devises. La transaction sera exécutée en temps réel, avec des frais plafonnés selon un barème régional défini par la BEAC et le GIMAC. C'est une révolution pour les 55 millions d'habitants de la zone CEMAC, dont une part significative effectue des transferts transfrontaliers pour des raisons familiales ou commerciales.
Pour les opérateurs de monnaie électronique (OME) déjà actifs dans la zone — Orange, MTN, Airtel, Wave, YAS — l'instruction BEAC impose une mise à niveau technique majeure. Chaque opérateur doit se connecter à la plateforme de compensation centrale du GIMAC, mettre à jour ses systèmes pour supporter les messages ISO 20022 requis pour l'interopérabilité, et disposer d'un compte de règlement auprès de la BEAC. Le délai de 9 mois entre la publication de l'instruction et la date limite d'application est jugé serré par les acteurs, plusieurs d'entre eux ayant demandé une prorogation qui n'a pas été accordée.
Pour les banques et établissements financiers, l'instruction BEAC crée à la fois des obligations et des opportunités. Les obligations : toute banque proposant des services de banque digitale doit assurer la compatibilité de ses applications avec les protocoles d'interopérabilité GIMAC. Les virements entre comptes bancaires et wallets mobiles doivent être rendus possibles dans les deux sens. Les opportunités : l'interopérabilité facilite l'acquisition de nouveaux clients mobiles-first, élargit le réseau de distribution des produits de crédit et d'épargne via les agents mobile money, et ouvre de nouveaux corridors de transferts régionaux.
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Pour les EMF (Établissements de Microfinance), l'enjeu est de ne pas être laissés pour compte dans cette révolution des paiements. Les EMF qui ne se connectent pas à l'écosystème GIMAC risquent de perdre des parts de marché au profit des OME qui proposent désormais des produits d'épargne et de crédit similaires. KHEPRA EXPERTS recommande aux EMF de la zone CEMAC d'évaluer dès maintenant deux scénarios stratégiques : devenir membre associé de GIMAC pour accéder directement à la plateforme d'interopérabilité, ou nouer des partenariats technologiques avec les OME pour distribuer leurs produits via les réseaux mobile money existants.
Les fintech de la zone CEMAC peuvent saisir des opportunités majeures dans ce contexte. La mise en œuvre de l'interopérabilité crée une demande de services à valeur ajoutée : solutions de réconciliation multi-canaux, outils de scoring crédit basés sur les données de comportement mobile, plateformes de B2B payments pour les PME, services d'agrégation pour les commerçants. Les fintech capables de s'interfacer rapidement avec l'API GIMAC disposent d'une fenêtre d'opportunité de 12 à 24 mois avant que les grands acteurs ne saturent ces niches.
La date butoir du 30 septembre 2026 est ferme. Les institutions qui ne seront pas conformes s'exposent à des sanctions BEAC pouvant inclure la suspension de leurs licences de monnaie électronique ou, pour les banques, des injonctions de mise en conformité immédiate. Les autorités de supervision nationales — COBAC pour la supervision microprudentielle, ministères des Finances pour les OME non bancaires — ont reçu instruction d'assurer le respect de ce délai dans leurs juridictions respectives. KHEPRA EXPERTS accompagne les institutions financières dans l'évaluation de leur niveau de préparation et la planification de leur migration vers les standards GIMAC.